Gabriel Paris

  • Gabriel Paris 1980 N_B
  • Gabriel Paris est un peintre français né en 1924 à Alès (30). Fils d’un colonel de gendarmerie, il s’intéressera pourtant très tôt à l’art et la poésie, et suivant des études d’architecture à l’Ecole des Beaux Art de Paris pendant que ses frères et sa sœur choisiront tous d’embrasser une carrière militaire.

    Il intègre ensuite l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques et décroche un diplôme d’architecte décorateur à 25 ans. Très vite, Il enchaîne les films comme assistant décorateur pour Pimenof, Trauner, Max Douy, etc. puis comme décorateur pour des séries Tv à succès telles que Vidocq ou Belle & Sébastien de Cécile Aubry. Il poursuivra cette carrière de décorateur jusqu’en 1968 où sa participation aux évènements de mai lui fermera définitivement les portes de feu l’ORTF...

    Parallèlement, il se lance dans la peinture et fonde dans les années 1950 « la jeune estampe » avec, entre autres, Mario Avati (peintre graveur). Puis il expose trois années durant (de 1953 à 1955) dans la galerie parisienne "Le Soleil Dans la Tête" en compagnie de Bernard Rancillac. Il participe également aux grands salons de l’époque : Automne, Comparaisons, Mai, Indépendants, Grands et Jeunes d’aujourd’hui. Pour autant, <em>Gabriel Paris a moins tenté de révolutionner la peinture alors placée sous le signe de l’abstraction que de trouver le chemin des mots pour orner (comme l’enlumineur du Moyen Âge)</em>.... par Jean-Jacques Lévêque (critique d’art).

    En effet, le jeune peintre se distingue très vite des courants de l’art contemporain, tout en intégrant les influences des peintres Seurat, Bonnard, Desnoyer, du surréalisme et de l’expressionisme, pour tracer un chemin particulier, créant les alphabets nécessaires à une typographie inventive et poétique qui parcourt son œuvre telle une musique de l’écriture. Car l’association peinture et poésie est la grande idée qui soutient l’œuvre de Gabriel Paris.

    Dès 1961, au prix d’un travail considérable, il conçoit aussi des "livres d’art" dans son atelier parisien du xviii<sup>e</sup> arrondissement de Paris<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Il y illustre Queneau, Mallarmé, Michel Leiris, Jules Laforgues, Edmond Rostand… en créant chaque fois une œuvre nouvelle, interprétant chaque « page », inventant et assemblant illustrations et typographie dans des lithographies ou des gravures originales tirées à la main, couleur par couleur. Dès 1968, il expose ce travail dans des librairies prestigieuses dont la célèbre Galerie Fischbacher, notamment son chef d’œuvre sur la tauromachie « Abanico para los Toros », sur des textes de Michel Leiris. Il y exposera à nouveau tous ses livres en 1984.

    En mai 1968, il s’engage auprès des étudiants et des contestataires et produit en même temps une série de grandes et incroyables affiches originales tirées à la main, signées et numérotées, tout en participant aux manifestations qui tournent à l’affrontement. Elles font d'ailleurs partie des rares oeuvres que l’on peut trouver aujourd'hui réellement réalisées entre mai et juillet 1968 ! Un témoignage rare, tout autant artistique qu’historique et militant, dont les thèmes demeurent très actuels.

    Après 1968, le cinéma lui ayant tourné le dos, Gabriel Paris se consacre exclusivement à la peinture. Mais ses ressources sont maigres car <em>il est de la vieille école qui végète dans la bohème et conçoit la peinture comme un exercice de plaisir sans se soucier des modes, des courants reconnus, de la tyrannie des médias et du système qui fait les réputations…</em> (Jean-Jacques Lévêque). Pour réaliser ses livres, ses petites séries de lithographies, il travaille par souscriptions auprès d'un petit cercle de collectionneurs et d'amis qui finance ses projets en échange d’une œuvre. Souvent l’argent manque et certains livres restent inachevés pendant plusieurs années…

    Tout en continuant à peindre toiles et gouaches, dont de très originales natures mortes composées d’objets décalés (fers à repasser, masques à gaz, chaussures, etc.), Gabriel Paris s’investit totalement dans l'art de l’estampes et produit lithographies, linographies, gravures, eaux fortes, etc. Les premières marines ou paysages sont d'ailleurs des interprétations de ses tableaux (toiles ou gouaches), révélatrices de sa <em>palette riche et solide avec des dominantes fortes en couleurs… et une sensualité profonde empreinte de pureté</em> (Robert Ariès).

    Il conçoit surtout de petites séries d’œuvres originales où il perfectionne son art subtil de la typographie poétique dans des compositions richement colorées et d’une incroyable modernité de trait et de traitement. La première, celle des monuments de Paris, est une évidente concession de l’artiste à la nécessité « montmartrienne ». Elle n’en reste pas moins d’une surprenante force de trait et de couleur qui parle encore à notre société inondée d’images. Les suivantes naîtront au gré des rencontres, des nécessités, et des idées. Etonnantes, elles auront pour sujets par exemple la chimie industrielle ou certaines marques, et qui offriront à l’artiste le loisir de laisser libre cours à son imaginaire pour transformer ces sujets austères, voire rébarbatifs, en de véritables explosions de graphisme et d’humour. Suivront des "rencontres" avec l'univers des pharmacies, avec les colliers insecticides pour chats et chiens, ou avec les yaourts glacés ! Autant de commandes qui, pour un sac de pharmacien, pour un projet de marketing ou un symposium du yaourt, sont devenues au travers de son filtre, de son travail incessant, les icones d’un art triomphant de la banalité !

    <em>Sa figuration n’est ni mièvre, ni servile vis à vis du sujet, bien au contraire, elle s’invente un style, une écriture qui est parfaitement reconnaissable. On est là dans l’héritage du fauvisme, de l’expressionisme, un peintre d’accent de verve et de saveur qui s’accroche au réel et le transforme de manière visuelle étrangère à toute remise en cause des ses moyens et une intellectualisation forcée et laborieuse. Elle dit l’évidence du monde, ses aspects singuliers, son quotidien ardent et chaleureux. </em>dira de lui le critique d’art Jean-Jacques Lévêque quelques temps avant sa mort.

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    L’été, GP quitte son atelier parisien pour rejoindre une ancienne usine dans l’Hérault qu’il a aménagée, autant par goût que par manque de moyens, comme un décor de cinéma où il peut peindre en toute liberté d’autres sujets de prédilection inspirés de la nature ou des ports du bord de mer. Durant 20 ans, jusqu’en 1999, il migrera ainsi saisonnièrement vers le sud et ses lumières. Dans cet Atelier de l’Olivette à côté de Lodève (où son père fut autrefois gendarme), il terminera aussi certains de ses « livres », tout en organisant de petites expositions réservées à un aéropage de fidèles triés sur le volet. Comme à Paris, on y refait le monde et la politique autour de la grande table à grands coups de gueule et de rosé !

    A 70 ans passés, abandonnant ce sud où il ne peut plus aller, il installera son atelier d’été « hors les murs » à Cunfin dans l’Aube où vit une partie de sa famille. Malade, il n’ira cependant que très rarement, continuant à travailler jusqu’à la fin dans son grand atelier parisien de la rue Ordener.

    A sa mort, à l’aube de ce 21<sup>ème</sup> siècle qu’il ne connaîtra pas, il laisse une œuvre considérable, constituée de 1800 estampes, d’une dizaine de « livres d’artistes » et d’une cinquantaine de toiles qui expriment mieux que des mots l'extraordinaire talent de ce peintre singulier et jubilatoire.

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    Bruno Boigontier

    Journaliste Art &amp; Décoration

    <a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> le célèbre bâtiment de « Montmartre aux Artistes » où il vivra près de 40 ans en compagnie de son épouse écrivaine, Yolande Paris (prix de l’humour noir, 1969)
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